La réunification des deux Corées

photoluna

 La réunification des deux corées.

      Ateliers Berthier, scène bifrontale; vous regardez vos partenaires de voyeurisme droit dans les yeux, de l’autre côté du couloir d’exécution. La scène fonctionne d’ores et déjà comme un miroir, renvoyant sa propre image au spectateur. Il voit, dans cette fosse aux lions, ses propres allées et venues. Ce dont il est question dans la pièce de Pommerat, La réunification des deux Corées, ce n’est pas de politique, comme le titre laisse suggérer, mais du couple dans tout ce qu’il comporte de singulier, particulier, énigmatique. Les deux sujets sont proches. La politique, c’est dire quelque chose à quelqu’un. C’est à dire la base, le fond, de toute relation humaine.
       Le spectateur assiste à un kaléidoscope d’histoires défilant au gré des noirs et des effets de lumière. A travers cette mosaïque se pose une question : Comment deux êtres humains sont amenés à se rapprocher, se quitter, se retrouver, s’aimer, se détester? La scène est une ligne de vie tranchant le public; elle symbolise la distance séparant chaque être humain. Par le théâtre les deux Corées se réunifient, là, dans ce couloir des possibles, dans ce no man’s land où la distance fonctionne comme une boîte sans fond où tout peut arriver, tout peut recommencer. La distance physique entre deux individus est le lieu d’infinies possibilités, un vertige immense où les deux protagonistes, l’un en face de l’autre, y projètent de la peur, de l’amour, de la colère, de l’angoisse, de la joie, de la tristesse, de la surprise, du dégoût…
       Et c’est alors que, se réunifiant, les deux Corées abolissent cette distance ainsi que le quatrième mur : les spectateurs sont tout autant juges suprêmes et acteurs; on y parle d’eux.
Ce qui est dit, là, en bas, dans ce couloir, ce sont les petits riens qui veulent tout dire. C’est le vertige qu’il existe entre une personne et une autre.
       Pendant deux heures sont affichées seulement quelques-unes de ces possibilités. Un aperçu, une esquisse des possibles. Un lieu de passage de la tragédie quotidienne.
Ici l’amour est une réunification, supposant en premier lieu la séparation et l’attente des retrouvailles après la perte.
La question du couple est présentée comme un puzzle. Des pièces s’emboîtent, d’autres pas, les unes forment une image, d’autres se recomposent.
        L’espace devient une matrice en permanente reconstitution. Les acteurs y évoluent en y projetant un nouvel espace de jeu, et une parole particulière.
         Il n’y a pas de hasard dans la mise en bouche, et dans la mise en voix. Chaque mot est important, appuyé, assumé. Ce qui rend les dialogues et les prises de parole fortes : elles résonnent dans tout l’espace et leur écho est la trace d’une explosion, un fantôme; puis le noir reprend sa place et une autre tranche de vie est exposée, jouée, à exploser.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s